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Bou Saâda : à la recherche du paradis perdu

Publié le 04/03/2018, par dans Non classé.

Cité du bonheur, oasis enchanteresse, ville des peintres et des écrivains, perle du tourisme saharien, le nom de Bou Saâda a toujours été accolé à des superlatifs qui chantent l’émerveillement des sens.
L’oasis la plus proche de la Méditerranée, comme on l’a toujours surnommée, a longtemps joui d’une réputation de destination touristique par excellence.

Pour savoir si la ville si chère à Etienne Dinet tient encore ses promesses, notre reporter y a séjourné pendant quelques jours pour visiter la vieille médina, le vieux marché des artisans, la zaouïa d’El Hamel, les hôtels mythiques comme Le Caïd ou le Kerdada, les sites touristiques tels le Moulin Ferrero, Oued Bou Saâda , ou encore le village traditionnel d’El Alligue.

Il est vrai qu’avec autant d’atouts touristiques, si l’Algérie avait donné un tant soit peu d’importance à ce secteur névralgique, elle aurait été aujourd’hui une destination mondiale. Et une ville comme Bou Saâda serait la Marrakech algérienne. Hélas, c’est très loin d’être le cas, mais tout n’est peut-être pas perdu pour autant. De nouvelles perspectives voient timidement le jour.

Sur le toit de la plus ancienne mosquée de Bou Saâda, sise au cœur même de l’ancienne médina, ou plutôt de ce qu’il en reste, la vue est panoramique.

On peut balayer du regard l’ancienne oasis qui n’en finit plus de s’étendre du fameux djebel Kerdada au sud aux montagnes ocres de Azzedine au nord. Au pied des montagnes qui l’enserrent comme un écrin minéral qui l’empêchent de grandir, la ville décrit un demi-cercle qui cherche vainement à se fermer. La vue est belle, mais elle renseigne à quel point le béton a envahi l’ancienne « oasis du bonheur».

Au point où les immeubles ont fini par cacher les rares palmiers qui ont résisté à son inexorable avancée. « L’exode rural a fait le malheur de Bou Saâda», résume laconiquement Mohamed Benhouhou. Rencontré dans une libraire de la ville, ce sympathique et authentique boussaâdi de 74 ans, est un ancien fonctionnaire à la retraite qui connaît bien l’histoire de sa ville natale et il en parle avec une passion non dissimulée.

Pour lui, l’ancienne oasis a eu à subir tellement de flux migratoires qu’elle n’a eu ni le temps ni l’énergie d’assimiler ou de digérer. Pour Ammi Mohamed, les famines du siècle dernier, les révoltes des Zaâtcha et d’El Mokrani, les insurgés de l’Emir Khaled, la Révolution algérienne, l’exode rural des années qui ont suivi l’indépendance ont ramené des contingents de déracinés venus grossir le tissu urbain au point de le faire éclater. « Les gens ne se considèrent pas comme  »Naïlis »», dit-il. Ils ne sont plus ces fiers descendants de l’ancêtre éponyme Sidi Naïl, venu au début du XVe siècle de la mythique Saguia El Hamra.

Il est vrai qu’être « naïli» est une culture et un authentique mode de vie venus de très loin dans l’histoire. Quand on débarque à Bou Saâda, on se rend bien vite compte que la ville possède un cachet qui lui est propre et que l’on ne retrouve pas ailleurs. Comme le confirme, par exemple, le vêtement traditionnel des femmes qui portent une « abaya» d’un bleu pâle qui évoque beaucoup plus les femmes de Ghardaïa que celles des hauts-plateaux du Hodna, comme M’sila pourtant très proche.

« On vous a oubliés sous le cendrier»

En matière de découpage administratif et de développement local, Bou Saâda s’estime lésée depuis toujours. « Au premier découpage administratif, on nous a fait dépendre du Titteri et en 1969 le président Boumediène a généreusement octroyé à Bou Saâda un projet de… chèvrerie !», raconte Ammi Mohamed qui, sur sa lancée, revient sur l’autre découpage administratif.

Celui de 1975 qui a vu sa ville rattachée à M’sila. Lors de ce fameux découpage, les responsables politiques algériens fumaient beaucoup et le cendrier était posé sur la carte. Au sortir de la réunion, Cherif Belkacem, l’ancien ministre et compagnon de Boumediène et Bouteflika, a eu cette réplique à l’adresse des Boussaâdis qui lui demandaient des nouvelles du découpage. « On vous a oubliés car le cendrier était posé pile poil sur Bou Saâda», a-t-il lâché.

Fondée par deux religieux mystiques à l’époque où la chute de l’Andalousie a vu un reflux massif des Andalous vers le Maghreb, Bou Saâda doit son existence à Sidi Thameur et à Sidi Slimane Ben Rabéa El Fassi, venus s’établir dans cette accueillante oasis et acquérir l’auréole de saints vénérés à leur mort.

La cité médiévale se serait bâtie autour de ce noyau religieux et social qu’a toujours été la mosquée de Sidi Thameur. Au fil des ans, les descendants du saint homme ont fondé à leur tour les différents quartiers de la ville : Ouled Hmida, Ouled Harkat, les Ouled Attig, etc. Jusqu’à une époque récente d’avant l’indépendance, la ville se composait d’une médina médiévale avec son quartier juif et son pendant européen.

Ce sont probablement les Andalous qui ont apporté leur fameux savoir-faire et surtout leur savoir-vivre. Comme ils l’ont fait dans toutes les villes du Maghreb où ils ont posé pied après la « reconquista». Les Andalous ont révolutionné tous les domaines : techniques d’irrigation et agriculture, arboriculture, architecture, musique, enseignement, commerce, l’empreinte de leur raffinement civilisationnel s’est partout fait sentir.

C’est ainsi que la ville de Bou Saâda est devenue petit à petit un carrefour et une véritable plaque tournante du commerce caravanier entre le nord et le sud, l’est et l’ouest. Il faisait bon vivre sous ses douces latitudes et l’oued Bou Saâda , qui la traverse de part en part, la fécondait de vergers riants et de jardins luxuriants sous l’ombre fraîche des palmeraies qui bordent ses rives. C’est cette oasis enchanteresse à quelques encablures d’Alger que les Français découvrent à leur arrivée dans le pays et qu’ils vont surnommer, à juste titre d’ailleurs, « La cité du bonheur».

Le paradis des peintres et des artistes

Entre-temps, un quartier européen bâti au lieu-dit « Le Plateau» viendra s’adosser au vieux ksar médiéval. La ville a désormais changé de maîtres et la vie administrative va se concentrer pour l’essentiel dans la cité européenne venue se greffer à l’ancien noyau. Des voyageurs et des artistes viennent y faire des Lire la suite

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