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Biskra, le jardin potager de l’Algérie

Publié le 14/02/2016, par dans Non classé.

Premier fournisseur national de produits agricoles, la région de Biskra est devenue, en une décennie, le jardin potager du pays.
Cette vocation est en train de se renforcer avec l’arrivée d’investisseurs privés dans le domaine, mais la désorganisation du secteur et l’inexistence sur place d’une véritable industrie de conditionnement et de transformation gâchent le tableau.

Un alignement de serres à perte de vue. Seules les quelques palmeraies qui émergent ici et là, comme des îlots de verdure au milieu de cette mer de plastique qui brille au soleil, rappellent que nous ne sommes pas au sud de l’Andalousie ni même au Maroc, mais bel et bien en Algérie. Plus précisément à Biskra, dont les immenses plaines steppiques sont devenues le garde-manger d’un pays qui réapprend tout doucement à produire ce que ses propres citoyens consomment.

Il faut se rendre à l’évidence que celle que l’on surnommait la reine des Zibans, la perle du désert ou encore la porte du Sahara est devenue en une décennie le jardin potager qui fournit la plupart des légumes qui garnissent l’assiette de l’Algérien. « Biskra est devenue le premier producteur national de produits agricoles.

Elle contribue pour 6,74% sur le plan national», souligne fièrement Messaoud Guemari, président de la Chambre de l’agriculture de la wilaya, en guise d’entrée en matière.
Cette réputation de pôle national de production repose sur trois produits-clés : la datte Deglet Nour de Tolga, le mouton de Ouled Djellal et les produits maraîchers.

Si les deux premiers produits sont connus depuis toujours, nous allons nous intéresser au troisième. « Petits pois, carottes, fèves, courgettes, tomates, concombre, aubergines, ail, oignons, laitue… 38 wilayas s’approvisionnent à Biskra en produits maraîchers divers», dit-il encore.

Une nouvelle vocation

Pourtant, au début de cette nouvelle aventure agricole, personne n’était prêt à miser le moindre dinar pour produire des tomates ou des courgettes dans une région dont la vocation agropastorale était essentiellement axée sur la datte et le mouton. Le tourisme saharien, qui avait fait les beaux jours de Biskra n’étant plus qu’un lointain souvenir sur une carte postale jaunie depuis que la ville a perdu son âme et que l’Algérie a remisé au placard sa vocation touristique, il fallait impérativement s’inventer d’autres avenirs ou, à défaut, se remplir le ventre.

Comment donc Biskra, qui n’était pas spécialement connue pour ses produits maraîchers, est devenue le potager national que l’on connaît aujourd’hui ? C’est en 1982 que les services de l’agriculture de la wilaya distribuent gracieusement 22 serres en plastique à des fellahs qui ne connaissent rien à cette nouvelle technique et qui acceptent avec circonspection de l’expérimenter.

On installe les serres, on adapte les techniques d’irrigation et on plante quelques variétés de légumes à titre expérimental. Les récoltes dépassent les espérances des responsables comme des fellahs. Le reste est facile à deviner : le bouche à oreille crée un effet boule de neige dans le désert… Une nouvelle vocation est née. Les 22 serres de 1982 se sont multipliées et sont, aujourd’hui, au nombre de 130 000 couvrant plus de 5000 hectares.

Ce n’est pas tout. Il fallait un autre coup de pouce des autorités compétentes. Une année après l’introduction des premières serres à Biskra, une loi gouvernementale tombe à point nommé pour booster le secteur et donner encore plus de force à l’élan de fellahs, ravis de cueillir à tour de bras piments, courgettes et tomates. « La loi n°18/83 relative à l’accession à la propriété foncière agricole a encouragé les gens à venir investir ici. Elle a dynamisé le secteur de l’agriculture dans le Sud», se souvient Messaoud Guemari.

Il faut dire que l’ancienne Vescera romaine a bien des atouts dans sa manche. En premier lieu, sa position géographique qui fait d’elle un carrefour entre le Nord et le Sud. Puis des ressources naturelles exceptionnelles comme l’eau souterraine abondante et les terres, mélange d’argile et de sable, de très bonne qualité. En dernier lieu, vient le climat de la région et ce magnifique soleil qui donne toute leur saveur aux fruits et aux légumes. « Biskra est une zone extra-primeurs qui possède un climat propice aux produits maraîchers. Sa proximité avec les grandes villes du Nord qui consomment ses produits en font un gros avantage», dit encore le président de la Chambre régionale d’agriculture.

Un pays de cocagne

Après l’élevage ovin et camelin et la phœniciculture, Biskra s’est donc tournée vers le maraîchage et l’arboriculture. On vient de toute l’Algérie pour investir dans ce nouvel eldorado. Chacun ramène son expérience, son savoir-faire et son enthousiasme. Beaucoup de paysans spécialisés dans le travail des serres sont venus, par exemple, de Tipasa où le béton a laissé peu de place à l’extension des exploitations.

D’autres sont venus de Kabylie ou de l’Oranie, attirés par la réputation de la région et la disponibilité de terrains à des prix défiant toute concurrence. On expérimente et on se lance en pionnier dans de nouvelles filières. Dans cette région où le palmier est roi, aujourd’hui, plus de 4000 hectares d’oliviers ont été plantés. Arrivés du Nord dans les bagages des nouveaux exploitants, le figuier, le grenadier et la vigne se remportent également de beaux succès.

Finalement, Biskra se révèle un pays de cocagne où tout pousse pour peu qu’on consente à irriguer la terre de sa sueur. « La loi sur le foncier agricole et le Plan national de développement agricole (PNDA) ont changé la face de l’agriculture. Celui qui voulait travailler était le bienvenu. Il y avait une caisse pleine et il suffisait de ramener la facture et on payait.

Certains jours, à la commission des agréments, on passait jusqu’à 1000 dossiers par jour. Le gros avantage est que les fellahs travaillaient leurs propres terres», dit Messaoud Guemari. Cela permettait enfin de réparer quelque peu les incommensurables ravages d’une « révolution agraire socialiste» chère à un certain Boumediène qui avait réussi la prouesse de décimer la paysannerie algérienne avant de faire de ses derniers représentants des fonctionnaires de l’Etat. La terre revenait enfin entre les mains des fellahs. Ceux qui avaient encore l’amour du pays et du métier.

Après les petits fellahs, ce sont aujourd’hui Lire la suite

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