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Béjaïa : Grand rassemblement de soutien à Merzoug Touati

Publié le 09/06/2018, par dans Non classé.

Il y a longtemps que la placette de la liberté d’expression Saïd Mekbel n’a pas connu le rassemblement d’une aussi grande foule.
Tard dans la soirée de mercredi dernier, ils étaient quelques centaines à s’y être rassemblés jusqu’à déborder sur la rue, à l’appel du comité pour la libération du blogueur Merzoug Touati, condamné à 10 ans de prison ferme pour avoir interviewé sur son blog un diplomate israélien. Des militants de tous bords ont répondu à l’appel en mettant en veille leurs sigles partisans et leurs divergences politiques.

Tous étaient là pour dénoncer un verdict « inique» et exiger la libération du jeune blogueur. « Mon père n’est pas là. Je n’ai que mon frère et il me manque…». La voix vibrante qui parle au microphone s’éteint dans un sanglot.

La foule qui l’écoute est étranglée par l’émotion. C’est celle de Hani, le petit frère de Merzoug Touati. Hani, à peine dix ans, a le regard hagard. Le jour de l’arrestation de son frère, le 17 janvier 2017, il a eu le choc de sa vie.

Merzoug l’amenait chez le médecin lorsque la police les a interpellés dans la rue, du côté de l’Edimco, pour les embarquer tous les deux. Le petit n’a été libéré qu’en fin de journée.

Les conséquences de cet acte, passé sous silence, sont désastreuses sur l’état psychique du garçon qui en reste à ce jour choqué. Les yeux écarquillés, le regard perdu, le sourire absent, Hani n’est plus le même depuis 17 mois. Sa scolarité est perturbée et, depuis, il suit des séances de thérapie chez un psychologue.

Dans l’indifférence totale des pouvoirs publics. Sa mère, Na Chava, se dévoue pour lui afin qu’il ne sombre pas. Une maman éplorée, dans le désarroi.

« Mon fils Merzoug ne peut pas faire ça», plaide-t-elle inlassablement. « Je sais que je ne suis plus seule. Merci à vous tous», lance-t-elle au microphone, le visage blême, face aux centaines de voix qui lui répondent par des « Pouvoir assassin !» et « Tilleli i Touati !» (Liberté pour Touati).

Le procès en appel le 21 juin

De l’autre côté de la rue, une escouade de policiers armés de la BRI est stationnée à côté de leurs 4×4. Une ligne de manifestants, la bouche bâillonnée par des morceaux d’adhésif et reliés par une chaîne métallique, leur fait face. Silencieusement.

Seules leurs pancartes parlent : « Résistance = existence», « Justice pour Merzoug Touati»…, avant que l’on ne reprenne en chœur des refrains patriotiques kabyles qui chantent la misère de l’oppression et des brimades de l’autoritarisme.

A l’aide du haut-parleur, un militant finit de lire une déclaration en kabyle par ce cri : « La police est partout, la justice est nulle part.» Deux grandes banderoles trônent sur la placette. L’une d’elles rappelle à tout le monde une tragique réalité : « En Algérie, la liberté d’expression s’arrête là où commence la vérité qui dérange».

L’expression synthétise le cas du blogueur qui a été aussi condamné pour avoir appelé à manifester pacifiquement contre la loi de finances 2017, qu’il a qualifiée de loi qui « appauvrit le peuple». « Merzoug Touati n’est pas un terroriste, il n’a fait qu’exprimer une opinion. Il a appelé à manifester comme nous l’avons fait pour ce rassemblement. Il a une chance d’être libéré et elle est entre nos mains, mobilisons-nous pour la liberté d’expression», lance un intervenant.

« Nous dénonçons avec vigueur un dossier d’instruction exclusivement à charge et un procès politique inéquitable», écrit, dans sa déclaration publique, le comité qui exige « la libération inconditionnelle» de Merzoug Touati et interpelle les autorités sur « les atteintes répétées aux libertés».

Le rendez-vous est pris pour déplacer cette mobilisation le 21 juin vers l’entrée du tribunal où se tiendra un autre sit-in de solidarité qui ponctuera une série d’actions similaires tenues ou annoncées à Sidi Aïch, Aokas, Tizi Ouzou, Barbacha, Akbou, Tazmalt, Bousellam (village du blogueur à Sétif), Montréal (Canada), Paris…

Le procès en appel se tiendra en présence d’un collectif de défense qui s’est élargi d’un coup. De nombreux avocats se joindront à Mes Dabouz et Hemaïli qui ont assuré la défense du détenu.

Dans cet élan de solidarité qui fait tache d’huile, d’aucuns sont convaincus que « seules l’union et la mobilisation peuvent faire taire l’injustice», comme l’écrit le comité pour la libération de Merzoug Touati. Lire la suite

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