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Balise : Une affaire de sécurité nationale ?

Publié le 12/05/2016, par dans Non classé.

Il y a du Machiavel dans l’attitude du pouvoir vis-à-vis de l’affaire du groupe de presse privé El Khabar. Après avoir mené une guerre impitoyable sous différentes formes — boycott de la publicité étatique et chantage à l’encontre des annonceurs privés nationaux et étrangers pour les sommer de ne pas confier leurs publicités à El Khabar et El Watan — le pouvoir se surprend presque à regretter la disparition du titre El Khabar, « canal historique», suite au rachat de la majorité des actions du groupe par l’homme d’affaires Issad Rebrab.

Tout le monde l’aura bien compris : ce n’est pas tant le sort du quotidien El Khabar dans son choix éditorial originel qui hante les nuits de ces mêmes responsables qui ont programmé la mort de la presse libre. Mais c’est le changement du propriétaire du groupe — lequel est passé entre les mains d’une homme d’affaires qui n’est pas en odeur de sainteté auprès du clan du pouvoir — qui fait peur devant les échéances électorales qui se préparent dans le pays : les élections législatives et locales en 2017 et la présidentielle en 2019.

C’est que le pouvoir n’a pas prévu ce scénario de remise à flot du groupe El Khabar à travers la transaction commerciale conclue avec le groupe Cevital qui a faussé tous ses calculs. Il avait misé sur une faillite du groupe et le dépôt de bilan avec l’assèchement des recettes publicitaires du titre et de la chaîne de télévision KBC. Etant convaincu que cette chaîne, qui fonctionne sur les fonds propres du journal en l’absence d’un plan de charge publicitaire, va être un boulet qui entraînera fatalement le groupe au fond de l’abîme.

L’option de rachat du groupe et sa recapitalisation par un homme d’affaires au long cours, qui a une vision économique mais aussi de gouvernance politique du pays qui tranche avec le système en place, a pris au dépourvu les pouvoirs publics qui ont réagi dans l’urgence comme s’il s’agissait d’une affaire de sécurité nationale menacée par un grave péril. Sinon, comment expliquer qu’une affaire que le ministre de la Communication s’échine à répéter qu’elle n’a pas, dans l’esprit du gouvernement, d’autre fondement que celui d’une transaction commerciale, soit enrôlée sous le sceau de la procédure d’urgence à travers le recours à action judiciaire en référé ?

Tout est politique dans le dossier El Khabar. La meilleure preuve que le crime médiatique est signé en lettres majuscules est la disparition subite des gros annonceurs publics et privés de ce journal, mais aussi du quotidien Liberté, victime collatérale de cette affaire qui paye ainsi le fait d’appartenir au même propriétaire, M. Rebrab, repreneur d’El Khabar. Le ministre peut-il nous expliquer comment des annonceurs peuvent-ils avec une telle promptitude et légèreté tourner le dos à des supports publicitaires qu’ils considéraient comme privilégiés pour leur plan marketing il y a seulement quelques jours, soit avant l’annonce officielle du rachat du groupe El Khabar ?

La couleuvre est trop grosse à avaler. Reste à savoir quelle sera l’issue de cet imbroglio politico-judiciaire qu’est devenue l’affaire du rachat du groupe El Khabar. Le pouvoir semble jouer la montre en reportant de semaine en semaine le verdict. Et même dans l’hypothèse où le tribunal se déclarerait incompétent pour juger cette affaire, ce qui signifiera que la transaction demeurera pendante.

En attendant le dénouement de l’affaire, le groupe El Khabar pourra-t-il survivre à la situation financière difficile dans laquelle il se trouve avec des recettes publicitaires réduites comme peau de chagrin et des dépenses de fonctionnement — surtout de la télévision KBC — qui continuent à puiser dans les réserves financières du groupe ? C’est sans doute cette « solution finale» qui est recherchée par le pouvoir. En se positionnant dans cette bataille entre le pouvoir et la presse libre à travers son rachat du groupe El Khabar, Rebrab a contrarié les plans de « déminage» du champ médiatique visant à l’expurger de toute expression libre. Lire la suite

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