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Balise : La diversion par l’émeute !

Publié le 07/01/2017, par dans Non classé.

Les choses sont rentrées — ou presque—dans l’ordre à Béjaïa après une flambée de violence qui aura duré deux jours. L’opinion locale était embarquée sur les vaisseaux de la dénonciation et de la stigmatisation de la révolte des jeunes. Les scènes regrettables d’émeute et surtout celles de pillage ont eu ceci d’efficace : elles ont fait oublier, d’un coup, leurs causes. Les appels au calme lancés dans l’urgence n’évoquaient pas la légitimité de la grève des commerçants ; provoquée par l’entrée en vigueur de la loi de finances 2017.

L’anonymat de l’appel lancé a faussé les calculs pour avoir été une porte ouverte aux pires dérapages, mais surtout a légitimé des soupçons de manipulation. Les commerçants de la wilaya de Béjaïa n’ont, bien évidemment, pas perdu de vue cette donnée grave. Et ce n’est surtout pas faute d’intelligence que beaucoup parmi eux ont quand même fait grève. Les interventions publiques de représentants des commerçants ont eu tout le temps de le crier dans la presse.

Hadj Tahar Boulenouar, président de l’Association nationale des commerçants et artisans, s’est égosillé à dénoncer une « ruse» et à se démarquer de l’appel à la grève. C’est dans ce contexte que de nombreux commerçants n’ont pas ouvert leurs magasins au matin du 2 janvier dans plusieurs localités de la wilaya de Béjaïa, bien avant qu’apparaisse le moindre indice d’émeute. Trois semaines auparavant, les commerçants de Tizi Ouzou avaient bel et bien fait grève à l’appel d’un collectif d’associations professionnelles.

Tous ces éléments invitent à prendre acte d’un fait intentionnel et conscient, quand bien même il n’a pas été général. L’adhésion au mot d’ordre, au-delà de son détestable anonymat, est porteuse d’inquiétudes réelles qu’il n’est pas juste d’isoler de l’actualité préoccupante du pays. La loi de finances 2017 n’est, elle, pas du tout anonyme, elle est l’œuvre commune du gouvernement et du Parlement algérien. Elle est là de tout son poids écrasant que les pilleurs du magasin Condor de Béjaïa ne peuvent pas faire oublier.

Le régime s’entête à la garder et préfère user de la menace, de la fuite en avant et surtout de la diversion. Le Premier ministre a accusé des « parties chargées d’une mission pour déstabiliser le pays» et son ministre de l’Intérieur, Noureddine Bedoui, s’en est pris à « la main intérieure» et a menacé de faire appliquer la loi dans toute sa rigueur. La stagnation de la situation politique et économique du pays et la perpétuation entêtée d’un régime autiste reconvoquent les mêmes ingrédients qui ont fait éclater les « émeutes de l’huile et du sucre» en janvier 2011, les tragiques événements de 2001, de 1981, de 1980… Au centre de ces épisodes traumatisants se trouve la même jeunesse, ignorée, égarée et réprimée.

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