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Avec les «réfugiés» algériens en Allemagne

Publié le 04/06/2016, par dans Non classé.

L’année dernière, quelque 26 000 personnes en provenance du Maghreb sont rentrées illégalement en Allemagne, selon des statistiques fournies par l’Office fédéral des migrations et des réfugiés (BAMF).
Ce chiffre représente moins de 1% des demandeurs d’asile. Leur retour au pays est un casse-tête pour les autorités allemandes, car souvent ils ne disposent pas de papiers d’identité fiables.

Ils nous ont réveillés en catastrophe. Bruits et aboiements de chiens. Le quartier était encerclé par des policiers suréquipés, un véritable commando à l’assaut de notre squat.

Certains ont été arrêtés, d’autres ont réussi à prendre la poudre d’escampette», se souvient Ahmed, 24 ans, originaire de Aïn Defla, les yeux humides, visiblement encore traumatisé par ce qu’il a vécu au lendemain des fameuses « agressions sexuelles» de Cologne, la nuit de la Saint-Sylvestre. « Je regrette le jour où j’ai fait mon passeport», soupire-t-il.

Depuis cette nuit cauchemardesque, les harraga algériens vivent le calvaire en Allemagne et les représailles ne se sont pas fait attendre. Ainsi, le Bundestag (Parlement allemand), sur proposition du gouvernement d’Angela Merkel, a décidé, le 13 mai dernier, de placer les trois pays du Maghreb, l’Algérie, la Tunisie et le Maroc, sur sa liste des pays « sûrs».

Cette décision si elle venait à se confirmer cette semaine par le Bundesrat (Conseil fédéral), amoindrirait les chances des ressortissants maghrébins d’obtenir l’asile politique en Allemagne. « C’est un vendredi noir pour le droit d’asile en Allemagne.

Ce projet de loi est une entrave supplémentaire au droit d’asile», a déclaré Andrej Hunko, membre du parti de gauche Die Linke. Son mouvement compte ainsi bloquer cette décision.

L’année dernière, ce sont quelque 26 000 personnes, en provenance du Maghreb, qui sont rentrées illégalement en Allemagne, selon des statistiques fournies par l’Office fédéral des migrations et des réfugiés (BAMF). Elles représentent moins de 1% des demandeurs d’asile, mais leur retour au pays est un casse-tête pour les autorités allemandes, car souvent elles ne disposent pas de papiers d’identité fiables. Le placement des trois pays du Maghreb sur la liste des pays sûrs a pour objectif de faciliter l’expulsion des migrants maghrébins.

Un accord a été même signé par le ministre allemand de l’Intérieur, Thomas de Maiziere, lors de sa tournée maghrébine, fin février dernier, avec ses homologues maghrébins. Cette mesure est intervenue en représailles aux « agressions sexuelles» survenues la nuit du Nouvel an à Köln (Cologne) et dont les auteurs présumés étaient, selon la police, en majorité originaires des pays du Maghreb.

Pérégrinations

Notre périple germanique commence à Köln, sur les traces des harraga, des jeunes, pour la plupart à la fleur de l’âge. Certains sont contraints de vivre dans la clandestinité, d’autres de tenter de rallier d’autres cieux peut-être un peu plus cléments afin d’échapper au « goulag» allemand, qui fut pourtant, il n’y a pas si longtemps, leur destination privilégiée, leur éden sur terre. Devenu subitement un pays de transit. Une plaque tournante des harraga de tout bord. « Ici, les Allemands n’ont d’yeux que pour les Syriens.»

Ils se débrouillent comme ils peuvent pour subvenir à leurs besoins et vivent d’expédients. Ils ont à eux seuls créé un univers avec ses codes, son propre langage. Sans la moindre gêne, ils me font le récit de leur quotidien peu orthodoxe fait de larcins, vols à la tire, pillages de magasins, agression et enfin prostitution pour d’autres.

Un cliché que je vois défiler devant mes yeux, un drame qui, à lui seul, résume la faillite d’un Etat, d’un système de gouvernance, de l’échelle des valeurs et qui illustre parfaitement l’Etat de déliquescence dans lequel baigne l’Algérie. Cette Algérie qui n’arrive plus à retenir sa jeunesse. Cette Algérie qui n’a plus rien à leur offrir, pour paraphraser un connaisseur du pays.

Farid, 26 ans, originaire de Bouira, était à Cologne la nuit du réveillon. Rencontré au quartier Oberbilk à Düsseldorf, une ville de l’ouest de l’Allemagne, à environ une heure de Cologne, réfute la thèse de la police allemande : « Les Allemands ont exagéré les incidents. C’est vrai, ce soir-là, des jeunes Maghrébins, saouls, ont tenté de tripoter des filles, mais à aucun moment ils n’ont essayé de les violer.»

C’est ainsi que la traque aux migrants clandestins d’origine maghrébine a commencé. « Nous avons passé des moments difficiles. La chasse menée par la police allemande a été violente et exagérée, nous avons fui Cologne comme des malfrats, certains ont pu prendre le train, d’autres ont fait le chemin à pied jusqu’à Düsseldorf», raconte Farid. Ici, il a trouvé refuge chez des compatriotes.

Petit Maghreb

Oberblink est appelée communément par les Allemands le « Petit Maghreb», un vieux quartier habité par des Maghrébins, installés là depuis la Seconde Guerre mondiale ; une deuxième vague de migrants est venue de France chercher du travail, après la fermeture des mines de charbon.

Farid m’invite gentiment à visiter son logis, un grenier aménagé en studio, loué chez une vieille dame à 150 euros par mois (18 000 DA), qu’il partage avec trois de ses copains de « ghorba». « Je travaille chez un Marocain, je commence à 6 heures et je termine vers 11h. J’épluche les pommes de terre et je gagne 15 euros par jour». Parmi les harraga, comme Farid, ils sont rares à vouloir vraiment travailler. Lorsqu’il rentre à midi, ses copains dorment toujours.

« Mon frère, ma journée commence à 16h, aux heures de pointe, la journée, il n’y a rien à gratter», me lance, le sourire en coin, Kader, 23 ans, de Chlef, allusion faite au vol à la tire dans les stations de train.

La journée commence par une séance de relooking. « Chaque jour son look et comme c’est jour de semaine, le mode intello est donc recommandé», explique-t-il en exhibant son dressing, empli de vêtements de grande marque.

Ce jeune homme frêle, au visage marqué par des années d’errance, croit en son astuce pour déjouer la vigilance des policiers et de ses victimes. Il est vite trahi par les marques qu’il porte sur son visage, Kader, comme bien d’autres harraga, algériens, est arrivé en Allemagne en empruntant le couloir des Balkans, en 2013.

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