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Alger cherche-t-elle le parapluie américain ?

Publié le 06/06/2018, par dans Non classé.

Sonatrach a fait appel à quatre bureaux de consulting, spécialisés notamment dans les domaines des lois sur les hydrocarbures. Le cabinet d’avocats américain Curtis, Mallet-Prévost, Colt & Mosle LLP fait partie de ces bureaux qui vont donc indirectement concevoir ce projet de loi sur les hydrocarbures pour le rendre « plus attractif».
Pour se doter d’un nouveau dispositif juridique régissant le secteur des hydrocarbures, l’Algérie, par le biais de son groupe pétrolier Sonatrach, sollicite l’expertise américaine en la matière. L’information n’est pas venue d’un canal officieux, mais du PDG du groupe lui-même. Ainsi donc, Sonatrach a fait appel à quatre bureaux de consulting, spécialisés notamment dans les domaines des lois sur les hydrocarbures.

Le cabinet d’avocats américain Curtis, Mallet-Prévost, Colt & Mosle LLP fait partie de ces bureaux qui vont donc indirectement concevoir ce projet de loi sur les hydrocarbures pour le rendre « plus attractif». Cette annonce suscite étonnement et questionnements. D’abord, pourquoi est-ce Sonatrach qui se charge de la préparation de ce projet de loi et non pas le ministère de l’Energie ? Le groupe Sonatrach n’a pas pour mission de légiférer, bien qu’il n’est pas interdit qu’il fasse des propositions.

Ensuite, le choix de s’appuyer sur des cabinets étrangers, de surcroît américains, pour la préparation de ce projet de loi, soulève des interrogations. N’y a-t-il pas d’experts algériens en mesure de produire un bon projet de loi avec des objectifs bien définis du gouvernement ? L’Algérie n’est pas à son premier projet de loi dans le domaine des hydrocarbures. La loi régissant ce secteur a été changée plusieurs fois, notamment sous Bouteflika.

Et à chaque fois, le texte a été l’œuvre d’Algériens. Sauf le projet de loi controversé de 2005 qui a été élaboré par Chakib Khelil, alors ministre de l’Energie, sur la base de « conseils» prodigués par des cabinets américains. Un projet qui a été vivement critiqué et considéré comme attentatoire à la souveraineté économique de l’Algérie. Le président Abdelaziz Bouteflika, faut-il le rappeler, a reconnu, dans un discours prononcé le 24 février 2005, que le projet de Khelil a été imposé à l’Algérie par les Américains.

Le Président a affirmé que si ce projet de loi n’avait pas été établi, l’Algérie aurait subi le sort de l’Irak, qui a été envahi par les Etats-Unis en 2003. Si les Etats-Unis ont pu imposer un projet de loi à l’Algérie en 2005, alors que le pétrole dépassait les 120 dollars, qu’est-ce qui les empêcheraient de faire la même chose aujourd’hui que le régime est mis en difficulté par la crise financière que traverse le pays. En choisissant des cabinets américains pour ce projet de loi, Alger cherche-t-elle le parapluie américain pour mieux affronter les échéances futures ?

Le choix de la nomination de Ould Kaddour en mars 2017 à la tête du groupe Sonatrach a été interprété par des spécialistes du secteur comme une volonté manifeste de l’Algérie de se rapprocher des Américains. Diplômé du prestigieux Massachussetts Institute of Technology (MIT), Ould Kaddour est connu pour être très proche des Américains. Abdelmoumen Ould Kaddour a constitué un réseau de contacts avec les grandes firmes américaines, dont Halliburton de l’ex-vice président américain, Dick Cheney.

D’ailleurs, il était PDG de BRC, une joint-venture entre Sonatrach (51%) et Halliburton (49%), dissoute en 2007 sur décision du président Bouteflika, suite au scandale des surfacturations. M. Ould Kaddour, lui-même, a été condamné à 30 mois de prison pour « divulgation de secrets à une entité étrangère». Il n’a jamais fait appel. Il a été libéré après 26 mois passés au cachot.

Après avoir passé des années entre Alger et Dubaï, Ould Kaddour revient par la grande porte dans le secteur pétrolier. PDG de Sonatrach, il traite pleinement avec les firmes internationales, sans hésitation aucune et plus particulièrement avec les Américains. D’ailleurs, il a racheté la raffinerie d’Augusta en Italie auprès d’ExxonMobil, appartenant à l’ex-chef du département d’Etat, Rex Tillerson. Une raffinerie qui pose de sérieux problèmes de pollution en Italie.

Ould Kaddour défend également, comme les Américains, l’exploitation du gaz de schiste, en dépit des mises en garde des organisations de défense de l’environnement. A travers Ould Kaddour, le régime veut-il avoir l’appui et le soutien de la superpuissance américaine dans ses futures démarches politiques ?
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