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Aïn Fakroun : Bidonvilles, poussière et supporters en colère

Publié le 12/02/2016, par dans Non classé.

Le week-end dernier, la ville a connu trois jours d’émeutes provoquées par les supporters de l’équipe de football locale. Une colère symptomatique du sentiment d’abandon des jeunes qui réclament leur « part de développement».
« Le match de football n’était que l’élément déclencheur. Les jeunes veulent leur part de développement dans ce pays qui a dépensé pour ne pas dire gaspillé des centaines de milliards de dollars pendant des années pour, à la fin, imposer une politique d’austérité au peuple qui n’arrive pas déjà à subvenir à ses besoins !» Rachid, 28 ans, cheveux sculptés au gel, est supporter de l’équipe de Ain Fakroun. Il travaille dans un restaurant à la sortie de la ville, sur la route qui mène vers Oum El Bouaghi.

Le barbecue planté sur le trottoir -« stratégie commerciale !» – ses yeux cherchent à attirer l’attention de potentiels clients sur ses brochettes. Il raconte le calvaire des jeunes de la ville en portant de temps à temps aux lèvres son gobelet de café froid. « Moi, je m’estime heureux. Même si mon travail n’a aucun lien avec mon domaine, qui est le génie mécanique, j’arrive quand même à subvenir à mes besoins». Dissimulé par la fumée de son barbecue, il fait sa propre analyse politique : « Ce pouvoir mafieux a tout compris dès le départ.

Les dirigeants ont su comment diviser le peuple avec des histoires de cultures et de religions, puis l’immerger dans les problèmes socioéconomiques afin que personne n’ait le temps de faire de la politique. Ce qui s’est passé ici ces derniers jours n’est qu’un début.» De vendredi à dimanche, la daïra de Aïn Fakroun, située à une vingtaine de kilomètres d’Oum El Bouaghi, a vécu trois jours de violences entre les forces de l’ordre et des manifestants. A la fin du match entre l’équipe locale et celle de Sidi Bel Abbès, qui s’est déroulé vendredi dans le stade communal (score : un but partout), les plus de 10 000 supporters locaux ont voulu à tout prix envahir la pelouse.

Les policiers qui assuraient la sécurité dans l’enceinte les en ont empêchés. « A deux minutes de la fin, l’équipe de Bel Abbès a égalisé, ce qui a provoqué la colère des spectateurs locaux. Ils ont commencé à lancer des projectiles sur la pelouse. Par prudence, nous avons déployé tous les éléments que nous avions sur place, près de 400 hommes afin d’assurer la sécurité des deux équipes et des arbitres», raconte un responsable de la police sur place. « A la fin du match, ils lançaient des projectiles sur nous. Quand on a constaté qu’ils étaient trop nombreux, nous avons riposté par des gaz lacrymogènes et des balles en caoutchouc», reconnaît notre source.

Flaques d’eaux usées

La police a procédé à l’arrestation de trois supporters avant que le calme revienne pour quelques heures. Ils ont été relâchés vers 1h sur ordre du procureur de la République. Certains manifestants, qui croyaient que les supporters étaient toujours retenus, ont attaqué l’ancien commissariat en face de l’APC.

Les affrontements ont duré trois jours. « Heureusement que les riverains sont intervenus, sinon, cela aurait pu tourner au drame. Ils brûlaient des pneus et ils arrivaient jusqu’à l’entrée du commissariat», décrit un élu local. Bilan : beaucoup de blessés des deux côtés. « Heureusement que les blessures étaient légères. Du côté des policiers, 16 agents ont été touchés. Dans l’autre camp, on ne sait pas vraiment, mais il y a des dizaines de blessés», poursuit notre interlocuteur.

Les manifestants ont profité de cette occasion pour revendiquer « leur part de développement». « On vit dans un pays riche mais on ne bénéficie de rien, on ne demande pas la lune, juste un travail comme tout le monde. Quand on regarde le JT de 20h sur les chaînes nationales, tout va bien, mais la réalité sur le terrain est différente, sauf si nous ne sommes pas considérés comme des Algériens», s’indigne Madjid, un manifestant, âgé de 27 ans.

Vêtu d’un survêtement, il traîne ses claquettes sur la placette de la cité des 300 Logements. Ici, pas question d’avoir les yeux ailleurs, il faut bien regarder où mettre les pieds pour éviter les flaques d’eaux… usées ! C’est de cette placette que partent les transports vers les villages voisins. On peut y louer un camion ou un tracteur ou encore manger un sandwich sous les tentes plantées au milieu de la poussière ! Les murs sont couverts de tags : « Forza CRBAF», « Nous sommes les meilleurs».

Pour comprendre la colère des habitants, il faut visiter les quartiers de la ville. A Aïn Fakroun, les jeunes jouent et passent leur temps libre entre les poubelles. Les familles qui habitent au rez-de-chaussée des bâtiments ont même trouvé la technique pour loger plus de monde : construire des extensions à même le sol. « Comme les familles deviennent de plus en plus nombreuses, les gens agrandissent leur appartement et construisent des baraques à l’extérieur», indique Madjid. A l’exception du stade communal, les jeunes n’ont nulle part où aller.

Nouveaux arrivants

« La jeunesse est livrée à elle-même, il n’y a ni infrastructure pour les divertissements, ni encadrement. Le stade est l’unique qui existe, mais il faut une autorisation pour y jouer. Les travaux d’homologation du stade ont coûté plus de 21 milliards de centimes financés majoritairement sur fonds propres de l’APC, en plus des 7 milliards octroyés annuellement pour le club afin d’assurer son fonctionnement», explique Dali Boussaid, élu RND, président d’APC depuis 2012. « Les gens nous harcèlent quotidiennement pour qu’on leur donne un travail, mais on ne peut pas satisfaire toutes les demandes, car l’Etat nous a abandonnés !»

Dans sa commune, la construction illicite et les bidonvilles ne peuvent pas passer inaperçus. Il est même difficile de trouver une bâtisse qui possède toutes les autorisations et respecte la politique d’urbanisme de la ville. « Dès notre installation en 2012, nous avons directement attaqué le problème du logement : nous avons distribué 1092 logements, dont 357 pour les occupants du quartier El Hirech dans le cadre de l’éradication des bidonvilles du programme tracé en 2006. Malheureusement, le problème persiste, car il est impossible de Lire la suite

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