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Accidents de bus : L’insoutenable hécatombe

Publié le 10/06/2016, par dans Non classé.

Les décisions annoncées par le gouvernement pour tenter de mettre fin aux accidents ne sont toujours pas appliquées. Depuis des années, la formation pour le transport en commun, la mise en place de chronotachygraphes et la révision des lois n’ont pas vu le jour. Entre-temps, hier une jeune fille de 28 ans a trouvé la mort suite, encore, à un accident de bus.
Médéa, hier 6h30 du matin : renversement d’un autobus. Bilan : une femme de 28 ans est morte et 23 blessés. L’accident a eu lieu au lieudit Oued Atteli, sur l’axe routier de la RN 1. Le bus était en provenance de Metlili (Ghardaïa) et se dirigeait vers Alger. Selon les premiers éléments de l’enquête, le conducteur du bus a sûrement dû perdre la maîtrise de son véhicule qui a dérapé. Samedi passé, c’était encore un autre drame : 33 personnes ont péri dans un accident à Laghouat. Il s’agissait d’une collision entre un semi-remorque et un bus de transport en commun qui a fait 33 morts et 22 blessés, selon les services de la Protection civile.

« Nous ne sommes pas bien rémunérés, même si parfois on parcourt plus de mille kilomètres par jour sans être remplacés par un deuxième chauffeur», dira Lamine, chauffeur de bus dans une société privée, qui fait la navette entre Alger et plusieurs villes du Sud. Des drames quotidiens que les autorités peinent à maîtriser. Mohamed Bedoui, le ministre de l’Intérieur n’apporte pas de solutions immédiates, mais il tente de rassurer. Hier, alors qu’il répondait à une question au Sénat, il affirmait : « Les accidents de la route coûtent à l’Etat 100 milliards de dinars.

Les nouvelles dispositions adoptées dans le cadre de la révision du code de la route visent essentiellement à réduire l’intervention humaine dans le processus de constat des infractions».Pour lutter contre cette nouvelle forme de « terrorisme routier», les autorités ont annoncé à maintes reprises la mise en place du chronotachygraphe, un appareil installé sur les engins de transport et qui permettra aux services de contrôle d’avoir accès à plusieurs informations, dont la vitesse, le temps de conduite, la durée des pauses et la distance parcourue, etc.

Ce projet qui traîne entre plusieurs ministères ne semble pas être pris au sérieux, car contrairement au gouvernement, plusieurs sociétés de transport disposent déjà de ce matériel dans leurs bus. « Nos bus sont équipés de chronotachygraphes, mais les services de contrôle ne disposent pas de moyens qui leur permettent de lire ces données. Même nous, on souhaite que ce dispositif soit mis en place pour pouvoir contrôler plus sévèrement nos chauffeurs, mais le projet traîne encore», regrette Rabah Amrouche, gérant de la société de transport Amrouche qui dispose d’une dizaine de bus.

Si le chef de la division de la sécurité routière Mohamed Mokhtar est persuadé que « ce matériel est la solution qui permettra de réduire le nombre d’accidents», le président de l’association nationale Tarik Essalama, Mohamed Lazouni, n’est pas du même avis, car pour lui « ce matériel seul ne résoudra pas le problème, car la loi n’a pas prévu pour le moment la limite du temps de conduite pour les chauffeurs, car pour le moment les agents de la loi n’ont pas de texte qui leur permette de punir le chauffeur, même s’il a conduit pendant 24 heures. L’Etat doit s’impliquer sérieusement, car mettre un système de formation coûtera beaucoup moins cher que ce que dépense l’Etat pour ces accidents», regrette-t-il.

Sécurité

Si le gouvernement a exigé en 2014 un nouveau cahier de charges pour les véhicules touristiques, les engins de transport en commun ne sont pas concernés par cette loi, alors que cela relève de « l’urgence». « La majorité des sociétés achètent des bus bas de gamme qui n’assurent pas le minimum en termes de sécurité. Nous avons acheté des bus de la marque allemande Man qui coûtent trois fois le prix des bus de bas de gamme qui se vendent ici en Algérie, mais la différence c’est en matière de sécurité», juge Amrouche.

La majorité des bus qui sont en circulation « ne sont pas bridés par les constructeurs, ce qui permet à certains chauffeurs irresponsables de rouler à des vitesses qui dépassent les 140 km/h, ce qui est interdit par la loi», explique Mohamed Lazouni, c’est ce qui justifie la différence des prix entre les bus.

Cette différence qui parfois coûte cher aux voyageurs, à l’exemple du bus qui a pris feu sur l’autoroute Est-Ouest à hauteur du lieudit Ladjiba dans la wilaya de Bouira, à cause de la mauvaise qualité des plaquettes de freins qui ont chauffé et pris feu. Normalement, « les bus doivent être équipés de ralentisseurs qui éviteront au chauffeur à chaque fois d’utiliser les freins, en plus du frein moteur», ajoute Rabah Amrouche qui regrette « la qualité de l’entretien que plusieurs sociétés font à leurs engins au détriment des vies humaines qui n’ont pas de prix», conclut notre source.

Conditions de travail

Si les chauffeurs sont souvent pointés du doigt, ces derniers veulent « se défendre». Ils évoquent leurs conditions de travail précaires : « Après un long trajet, les entreprises ne nous offrent même pas le minimum des conditions de travail», explique un chauffeur que nous avons rencontré. « J’ai déjà fait le trajet vers Tamanrasset avec un deuxième chauffeur ; une fois arrivés à destination après 26 heures de route, on ne nous a même pas prévu un hébergement pour nous reposer, nous étions obligés de nous allonger dans le bus pour reprendre la route quelques heures après», regrette le chauffeur Lamine.

Le gain passe avant tout pour certaines entreprises. « Nous sommes payés au trajet et les gérants d’entreprise souhaitent que les bus ne s’arrêtent pas avec un minimum de chauffeurs ; des fois, je passe 20 jours sans même me reposer une journée», regrette ce chauffeur qui n’a pas trop le choix vu sa situation sociale. Mais pour Rabah Amrouche, « ces pratiques sont inacceptables et irresponsables», dénonce-t-il en précisant que « les chauffeurs doivent se reposer suffisamment pour veiller sur les vies humaines. Les chauffeurs se reposent 5 jours après 10 jours de travail, ce qui leur permet Lire la suite

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