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Académie pour tamazight Yennayer : fin d’un déni ou manœuvre dilatoire ?

Publié le 12/01/2018, par dans Non classé.

Nous avons assisté ces derniers jours à un subit foisonnement d’actualité autour de l’amazighité. Le point de départ de cette actualité était une proposition de budget introduite pour la promotion de tamazight par une députée du Parti des travailleurs (PT) auprès du bureau de la commission de l’Assemblée populaire nationale (APN).
La commission de l’APN a rejeté cette proposition en invoquant les mesures de restriction budgétaire imposées par la crise financière que traverse le pays. La résonance et l’écho qu’a eus l’information à travers les réseaux sociaux ont provoqué une mobilisation dans les milieux estudiantins et lycéens d’abord, pour trouver ensuite un écho favorable auprès du reste de la population.

D’importantes manifestations et marches populaires se sont déclenchées dans les cinq villes universitaires que sont Tizi Ouzou, Béjaïa, Batna, Boumerdès, avec des émeutes de plusieurs jours dans la ville de Bouira. L’émigration n’était pas en reste dans cette mobilisation, puisque des marches ont eu lieu également en France et au Canada. Nouveauté : les appels aux marches et les mots d’ordre de celles-ci ont été diffusés et relayés massivement à travers les réseaux sociaux.

Il faut dire que cette mobilisation massive, qui a vu des dizaines de milliers de citoyens défiler sous la bannière du mouvement estudiantin, a surpris plus d’un. D’abord par son caractère spontané dans un contexte de désintérêt à la chose publique, à la limite d’une inhibition admise comme une espèce de fatalité dans tous les milieux militants et politiques. Le pouvoir et ses épigones n’ont de cesse de nous le marteler
— le désintérêt politique — ces dernières années, pour le présenter comme une prouesse de sa réussite.

On rapporte que l’actuel chef du gouvernement, Ahmed Ouyahia, soutient en catimini, toujours avec l’assurance et les certitudes qui le caractérisent, que le problème du mouvement berbère et de ses manifestations de rue est définitivement réglé. Autre aspect du succès du pouvoir présenté à travers cette dépolitisation et démobilisation, la revendication identitaire et le tamazight ne constituent plus la préoccupation de la jeunesse. Les canaux de désinformation, comme les affidés du régime, soutiennent et serinent ces prouesses afin de louer l’adhésion et l’attachement des Algériens au programme du Président. Cette mobilisation est venue à point nommé pour, d’abord, récuser cet état de fait présenté, puis bouleverser ce schéma à l’intérieur même des cercles du pouvoir.

Cette mobilisation vigoureuse dans un contexte géopolitique précaire a pris tout le monde de court et a fait sursauter plus d’un. Comme dans un réflexe d’équilibre fragile, l’Etat, à travers plusieurs de ses relais, crie tout de suite à la manipulation ; puis rassure que tous les moyens seront mobilisés pour la promotion du tamazight.

Des pétitions publiées dans plusieurs quotidiens implorent le chef de l’Etat pour décréter Yennayer comme fête nationale chômée payée. Depuis Paris, le chef du gouvernement, Ahmed Ouyahia, encore lui, fait part de l’imminence de la constitution de l’Académie de la langue amazighe ; annoncée déjà depuis longtemps et consignée dans le dernier texte de la Constitution. Des plateaux de télévision sont organisés, des articles et des interviews, de personnalités triées sur le volet, à longueur de pages de journaux, remettent au goût du jour le projet de cette académie.

En Conseil des ministres, le président de la République, Bouteflika, accède à la doléance des pétitionnaires pour décréter la journée du 12 janvier fête nationale, Yennayer, chômée payée. Puis enfin, les clairons se sont mis à retentir pour jouer la partition classique de la clairvoyance du Président. Pour le moins, la synchronisation de ces deux décisions revêt un caractère inattendu. Les expériences du passé nous recommandent de rester prudents et de nous garder de la béatitude pour toute mesure venant du pouvoir.

YENNAYER FÊTE NATIONALE : L’AUTHENTICITÉ RÉHABILITÉE ?

out autant que la formation de l’Académie de la langue amazighe, la décision d’officialisation par l’Etat de la journée de Yennayer comme fête nationale est lourde de sens et sonne comme une rupture épistémologique. Pour qui connaît le poids des lobbys arabo-islamiques au sein de l’Etat, il n’est pas simple de trouver une explication à cette décision. Quels sont donc ces paramètres qui l’ont rendue possible ?

La question vaut d’être posée aujourd’hui, quand on sait l’éparpillement et les divisions qui ont affecté jusque-là le potentiel des forces militantes et revendicatives. Les décideurs n’étaient pas en face d’une situation de rapport de force engagé. Ils ont agi en toute latitude sans contrainte aucune, et ce n’est pas dans les habitudes du pouvoir d’agir de la sorte. Le contexte géopolitique régional, la crise dans laquelle se débat le pays, l’impasse politique du système et le degré d’instabilité induit constituent sans doute les raisons et le soubassement de cette décision. Peu importe, c’est le tableau des acquis qui s’enrichit pour renforcer la lutte et la détermination. Cependant, la vigilance doit être de rigueur afin d’éviter les contrecoups d’un éventuel piège qui serait tendu.

UNE ACADÉMIE POUR LA LANGUE AMAZIGHE : RÉALITÉ OU ILLUSION ?

Faite dans une période d’accalmie, l’annonce de la formation imminente de cette académie a de quoi étonner. Réalité dictée par le besoin ou effet d’annonce recherché ? Quand on sait l’opacité qui a entouré le projet de création de cette académie depuis son annonce, il y a déjà plusieurs mois, le scepticisme trouve ici toutes ses raisons. Ce sentiment se retrouve d’autant plus renforcé que les universitaires réputés dans le domaine des études amazighes n’ont été ni associés ni consultés. De quelles chances de réussite peut-on créditer un projet d’académie, duquel sont exclus les universitaires crédibles ? Nous savons que l’Etat trouvera toujours des diplômés acquis à ses desiderata ; le problème est quelles sont leurs capacités à faire face aux défis qui s’imposent à la langue amazighe ?

Même si les contextes sont différents, nous avons par le passé connu des initiatives semblables de créations d’institutions dédiées pour l’amazighité. La première au mois d’avril 1995, lors de la création du Haut-Commissariat à l’amazighité (HCA), rattaché à la présidence de la République et la seconde, en 2003, Lire la suite

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