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Abdallah Aggoune : Un médecin pas (tout à fait) comme les autres

Publié le 22/12/2017, par dans Non classé.

Il s’appelle Abdallah Aggoune. Il est âgé de 64 ans, il est médecin, il est originaire de Béjaïa. En 1981, il installe son cabinet à Bougara, à l’est de Blida, l’un des bastions du terrorisme en Algérie, alors qu’il était connu là-bas pour être un démocrate et laïc. Pendant la décennie noire, il a fait face au terrorisme et refusé de laisser tomber les habitants. Trois décennies plus tard, il embrasse une carrière dans le cinéma afin d’oublier les affres d’une guerre dont il était témoin et devient comédien, puis réalisateur. Rencontré à Alger, le Dr Aggoune a accepté de se livrer pour El Watan Week-end.
Bougara, cette ville de l’est de Blida, désignée par le deuxième homme du FIS, Ali Belhadj, comme la future capitale de « l’Algérie islamique» pendant la décennie noire, est aussi la région d’où sont originaires deux anciens terroristes notoires, Abdelkader Chebouti et Mansouri Miliani. Le premier était le fondateur du Mouvement islamique armé (MIA) en 1991, qui n’est que la renaissance du Mouvement islamique algérien de Mustafa Bouyali, qui activait principalement à Larbaâ, non loin de Bougara.

Et l’autre était l’un des fondateurs du Groupe islamique armé (GIA) et l’ancien homme fort de Bouyali dans les années 1980. Mais Bougara n’était pas connue que pour ses terroristes, mais aussi pour des personnes comme le docteur Abdallah Aggoune qui s’est opposé, à sa manière, au projet de l’islamisme en Algérie.

Au moment où les habitants fuyaient Bougara, tombée sous le contrôle des terroristes, le Dr Aggoune, lui, originaire de Béjaïa, qui s’est retrouvé dans cette région par un concours de circonstances, fit le choix d’y rester afin de porter assistance aux habitants, « surtout aux pauvres qui n’avaient nulle part où aller», se souvient-t-il amèrement.

Connu pour sa sociabilité, lui qui sillonnait Blida et même les villages les plus reculés de Médéa, ce médecin démocrate et laïc, qui a installé son cabinet dans cette région en 1981, y est toujours. Rencontré dans son appartement à Alger, il raconte Bougara de l’avant-Bouyali, le 5 Octobre 1988, la décennie noire et le post-traumatisme qui s’est emparé de lui.

Près de trois décennies plus tard, et pour sortir de ce vacarme qui le guette encore, il tente une carrière dans le cinéma avec l’aide de son frère réalisateur, Cherif Aggoune, qui l’introduit dans le monde du 7e art. Il débute son parcours en 2006 avec un one man show qui raconte ses patients de Bougara. Aujourd’hui, il n’est pas que médecin, il est aussi comédien, réalisateur et prépare un livre sur son histoire et celle de cette région qu’il décrit avec beaucoup d’amour.

Bougie

Né en octobre 1953 dans la wilaya de Béjaïa à Amadane, un petit village de la commune de Oued Ghir, Abdallah Aggoune est le cadet d’une famille de quatre frères et une sœur, dont le père Ahmed est tombé au champ d’honneur durant la guerre de Libération nationale. A Amadane, les Aggoune formaient toute une tribu.

Dans leur village, dominé par une colline, il y avait juste une petite mosquée où les passagers pouvaient passer la nuit, des routes non goudronnées et au fond se trouvait leur maison familiale. Pour survivre en ces temps d’hostilité, les Aggoune travaillaient la terre. Ils avaient une huilerie familiale, deux bœufs baptisés par Abdallah Grizou et Nigro, une mule et un chien. En 1958, Amadane est classée zone interdite.

La famille de Abdallah s’est retrouvée dans l’obligation de plier bagage, surtout que le frère aîné Saïd était connu pour ses activités au sein du FLN. Recueillie par un proche, la famille s’installe à Béjaïa. Abdallah découvre alors Bougie, lui qui croyait que le monde s’arrêtait à Oued Ghir. « Je ne pensais vraiment pas qu’il y avait d’autres patelins en dehors du nôtre. J’ignorais, par exemple, que les Etats-Unis d’Amérique existaient», lance-t-il en souriant.

Agitateur, Abdallah n’était pas un enfant docile, selon les témoignages de ses proches. Très jeune, il arrive à convaincre un sergent français de le laisser passer trois nuitées avec son frère Saïd, qui était détenu dans la prison d’El Kseur. Après l’indépendance, Saïd quitte la prison, rassemble sa famille et la réinstalle à Oued Ghir où il était chargé de gérer les affaires de la commune. « L’indépendance était l’un des plus beaux moments de ma vie. C’était un bonheur indescriptible», se rappelle-t-il.

Ben Bella

Abdallah termine ses études primaires à Alger où sa famille s’était installée en 1964. Saïd venait juste de commencer un nouveau boulot comme coursier à la Banque populaire et commerciale d’Algérie (BPCA), l’ancêtre du CPA, où il a fini directeur. La famille Aggoune habitait à Alger-Centre, à la rue Réda Houhou, ex-Clauzel. Rebelle comme il l’était, lui fils de chahid et enfant de la Révolution, il était anticonformiste comme on peut le comprendre dans ce témoignage : « Je marchais en compagnie de ma mère dans la rue Didouche Mourad.

A l’époque, je ne parlais que kabyle, ma langue maternelle. Ma mère n’a pas arrêté de me rappeler qu’il était interdit de parler kabyle publiquement à Alger. J’ai donc décidé de hurler tout au long de la route jusqu’à la place Maurice Audin : ‘‘Je suis Kabyle, je suis Kabyle ! » C’était à l’époque de Ben Bella en plus.» (sourire).

Il obtient son bac en 1973. Son frère aîné voulait qu’il fasse médecine. Il a fini par lui faire plaisir, lui qui voulait tout faire sauf cette spécialité. « J’ai accepté de faire médecine pour ma sœur qui avait beaucoup souffert d’une maladie quand elle était petite. A l’époque, j’avais droit à une bourse pour étudier aux Etats-Unis et dans d’autres pays occidentaux, mais j’ai choisi de rester en Algérie, sans savoir trop pourquoi !» (sourire). Fétard, l’écouter parler de ses aventures du temps de l’université est un pur plaisir.

Il raconte, par exemple, que les étudiants touchaient une bourse de 300 DA/mois, alors que leurs enseignants étaient payés à 450 DA/mois, ce qui représentait beaucoup pour Abdallah. Il était un voyageur et un rêveur, mais il ne pouvait le faire avec son argent qu’il partageait avec sa mère et sa famille. Pour y parvenir, il reprend le Lire la suite

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