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A quand un «vrai maire» pour Alger ?

Publié le 05/12/2017, par dans Non classé.

Il est difficile de cerner Alger. Et ce n’est pas qu’une question urbanistique ou de découpage. C’est surtout une affaire de représentations. Alger reste pour beaucoup un fantasme. Elle fascine par son histoire, ses légendes urbaines, la charge symbolique liée à l’appellation « Edzaïer», El Djazaïr, la ville qui a donné son auguste nom au pays tout entier (et les fameuses initiales DZ qui lui sont associées).
Rani habet el Alger», (Je descends à Alger). De Bab Ezzouar, de Ben Aknoun, d’El Biar, d’El Harrach ou de Tataouine, c’est la formule consacrée pour dire qu’on se rend dans la capitale. Même quand on hèle un taxi depuis la banlieue pour aller au centre-ville, on dit simplement : « Alger ?». Mais qu’est-ce donc qu’Alger ? C’est d’ailleurs la question que pose un article de la revue Insaniyat (« Alger : perception de soi, regard de l’autre», 1998).

Oui, c’est quoi El Bahdja au juste ? C’est la ville « intra-muros» ? Quelles sont les limites d’Al Acima ? C’est le vieil Alger, la médina algéroise ? C’est l’ottoman plus l’haussmannien, La Casbah et la ville héritée de la période coloniale ?
Force est de le constater : il est difficile de cerner Alger. Et ce n’est pas qu’une question urbanistique ou de découpage. C’est surtout une affaire de représentations.

Alger reste pour beaucoup un fantasme. Elle fascine par son histoire, ses légendes urbaines, la charge symbolique liée à l’appellation « Edzaïer», El Djazaïr, la ville qui a donné son auguste nom au pays tout entier (et les fameuses initiales DZ qui lui sont associées).
Il est donc légitime que des voix s’élèvent pour dire : mais pourquoi Alger est-elle traitée (ou maltraitée) de cette manière ? D’aucuns se posent la question dans la foulée : pourquoi n’y a-t-il pas un « vrai» maire pour Alger ?

Pourquoi, contrairement aux grandes métropoles, il n’existe pas l’équivalent du maire de Marseille, de Tunis, de Barcelone, de Beyrouth ou de Dakar ? Certes, il y a le P/APC d’Alger-Centre, de Sidi M’hamed, de Bab El Oued, de La Casbah, de Belouizdad, de Bologhine, etc. mais il n’y a pas de « super maire» pour Alger. Un « édile» qui ne soit pas juste un maire d’arrondissement mais embrasserait l’ensemble de la ville d’Alger.

Le « maire d’Alger», figure protocolaire et symbolique

Pourtant, la figure de « maire d’Alger» semble incontournable pour les hautes autorités sur les plans protocolaire et symbolique. Cette figure est le plus souvent incarnée concrètement par celle du maire d’Alger-Centre qui se trouve régulièrement convoqué dans toutes les cérémonies et tous les rituels mettant en avant les « armoiries» de la ville d’Alger. De fait, la commune d’Alger-Centre, malgré ses limites et ses contours tous rikiki, est la vitrine d’Alger et sa façade municipale.

L’Assemblée populaire de la commune d’Algérie-Centre est présidée depuis 2012 par Abdelhakim Bettache (qui vient d’être « plébiscité» pour un second mandat). M. Bettache est ainsi devenu le visage (sympathique) de la ville d’Alger. Sans oublier bien sûr l’homme fort de la capitale, Abdelkader Zoukh, qui, de par l’omniprésence et l’omnipotence du poste de wali face aux élus locaux, s’est imposé comme le premier personnage de la ville et non pas seulement de la « wilaya» d’Alger.

Au final, les deux hommes s’affichent à de nombreuses occasions ensemble, donnant l’impression d’une ville à deux têtes, même si le « préfet» a bien entendu plus de pouvoirs que l’élu du peuple. Ainsi, lors de la visite d’Anne Hidalgo, maire de Paris, ou encore celle d’Alain Juppé, maire de Bordeaux, M. Bettache était du protocole pour les recevoir, en plus de M. Zoukh. En juin dernier, à l’occasion de la tenue du 12e Congrès Metropolis à Montréal, rendez-vous qui réunit depuis 30 ans les maires et décideurs des grandes villes et aires métropolitaines de la planète, Alger était représentée par M. Zoukh, en compagnie de M. Bettache.

Bettache : « Alger doit avoir un statut particulier»

Invité du Forum d’El Moudjahid le 20 septembre 2014, Abdelhakim Bettache n’a d’ailleurs pas manqué de déplorer les inconvénients et les aberrations de ce dispositif institutionnel en plaidant pour l’élargissement de son champ d’action et son territoire de compétence. « Alger doit avoir un statut particulier !» martelait-il (La Dépêche de Kabylie du 22 septembre 2014). « Savez-vous que je n’ai pas le droit de changer une ampoule grillée ? L’ERMA, chargée de l’exploitation du réseau d’éclairage public, est seule à pouvoir le faire», a-t-il témoigné.

M. Bettache avait, en outre, appelé à opérer un nouveau découpage administratif. « Dans la commune d’Alger-Centre par exemple, une partie de la rue Didouche Mourad est gérée par notre APC, tandis qu’une autre relève de la mairie de Sidi M’hamed», déplorait-il. Même chose concernant les frontières administratives avec la commune de La Casbah, notamment du côté de la rue Debbih Cherif.

Le sociologue Rachid Sidi Boumedine estime à ce propos qu’il y a un « émiettement des responsabilités du point de vue institutionnel» en parlant de l’organisation politico-administrative de la ville d’Alger. « C’est un émiettement de pouvoir et un émiettement de la ville», appuie-t-il. « En 1984, quand il y a eu le nouveau découpage des wilayas, il y avait un trottoir de Dély Ibrahim qui était dans la wilaya d’Alger et un autre trottoir dans la wilaya de Tipasa», ajoute le sociologue.

Outre ses compétences d’universitaire et de fin spécialiste en sociologie urbaine, ancien directeur de recherche au Cread, Rachid Sidi Boumedine, faut-il le rappeler, a dirigé nombre d’organismes publics d’études et de recherches en urbanisme à l’instar de l’Inerba (Institut national d’études et de recherches du bâtiment) ; il a travaillé au sein du Comedor (Comité permanent d’études, de développement, d’organisation et d’aménagement de l’agglomération d’Alger) de 1971 à 1978, organisme auquel, d’ailleurs, il a consacré un important ouvrage en voie de parution. Il a été directeur de l’Agence d’urbanisme d’Alger sous le Gouvernorat du Grand Alger (GGA). C’est dire qu’il connaît parfaitement les problématiques liées à la gestion de la ville et les articulations entre les différents pouvoirs qui s’exercent sur Alger.

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