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70 ans au service de l’idéal national

Publié le 24/12/2015, par dans Non classé.

Un des chefs historiques incontestés de la Révolution de Novembre et militant aussi farouche qu’infatigable de la démocratie, Hocine Aït Ahmed s’est éteint hier à Lausanne (Suisse) à l’âge de 89 ans. Son destin se confondant avec celui du pays, l’immense leader politique qu’il a été s’en va sans avoir vu se réaliser l’idéal de l’Etat de droit et des libertés pour lequel il a voué près de 70 ans de sa vie.
Tout juste 19 ans, Hocine est l’un des chefs régionaux d’une révolution annoncée pour le 22 mai 1945. Comme le fut son aïeul, le saint et poète cheikh Mohand-Oulhoucine, le jeune lycéen est déjà un leader dans sa région natale de Aïn El Hammam, entre les siens et ses congénères. La force de son verbe politique n’avait rien à envier en persuasion aux vers et versets de son grand-père. Rebelle fougueux, il ne comprend pas la décision de la direction du Parti du peuple algérien (PPA) d’annuler les opérations armées quelques heures avant l’heure fatidique.

Déçu mais déterminé, il rentre bredouille au Lycée de Ben Aknoun. Il passe, avec succès, la première partie de l’épreuve du baccalauréat. Néanmoins, l’apprenti-révolutionnaire décide d’arrêter les études pour se consacrer entièrement à la politique, chez lui en Haute-Kabylie. Radical depuis les massacres du 8 Mai 1945, il se trace l’objectif de pousser le PPA, qu’il a rejoint à Alger dès 1942, vers l’option d’une lutte armée.

Le boss de L’OS

A l’occasion du congrès du PPA-MTLD en février 1947, Hocine Aït Ahmed, représentant le district de Kabylie, propose la création d’une Organisation Spéciale (OS). L’OS avait pour mission d’acheter des armes et d’entraîner des combattants. Cette organisation paramilitaire est dirigée par Mohammed Belouizdad, secondé par Aït Ahmed. Ce dernier devient, en outre, membre du comité central (CC) et du bureau politique (BP). En novembre 1947, Madjid, de son nom de guerre, prend la tête de l’OS, en succédant à Belouizdad, gravement malade. Il a désormais un boulevard devant lui pour réaliser son projet patriotique.

En décembre 1948, un CC élargi du PPA-MTLD a été convoqué à Zeddine (Aïn Defla) pour traiter une crise latente au sein du parti connue comme étant « la Crise berbériste 1949». Aït Ahmed, chef national de l’OS, rédige un rapport sur les orientations idéologiques d’un éventuel soulèvement armé en s’appuyant sur l’histoire de l’Algérie, allant de Jugurtha jusqu’aux résistances populaires contre le colonialisme français. « Ce document est l’analyse la plus cohérente et la plus radicale produite alors par un dirigeant algérien», écrit Mohammed Harbi.

Ce manifeste révolutionnaire est couronné par l’expression « identité algérienne» en opposition au jargon messalien d' »identité arabo-musulmane» de l’Algérie. Les membres du CC élargi votent à l’unanimité la motion d’Aït Ahmed. Il n’y avait qu’une seule voix contre, et une abstention qui était celle de Messali lui-même. Après son succès à Zeddine, Si Madjid part en quête d’argent pour acheter des armes et préparer la guerre de libération imminente. Dans ce cadre, le chef national de l’OS organise l’attaque de la Grande-Poste d’Oran, conjointement avec le chef régional de l’Oranie, un certain Ahmed Ben Bella. Grâce à la planification des deux hommes, un commando de l’OS passe à l’action le 5 avril 1949 et récupère plus de trois millions d’anciens Francs.

Ce nouveau succès déplaît aux Messalistes. Et voilà qu’Aït Ahmed est rattrapé par la purge antiberbériste. Il est accusé d’être l’une des têtes pensantes des berbéristes. En juillet 1949, en son absence, la direction d’Alger décide de dissoudre toutes les sections de l’OS en Kabylie. En septembre, il est remplacé par Ben Bella à la tête de l’OS et se voit également exclu officieusement du CC et du BP. Il ne découvrira ces changements qu’en décembre 1949. Depuis, et jusqu’à fin 1951, ne recevant aucune nouvelle affectation, il vit dans la clandestinité civile totale. Il profite de cette période pour revoir sa famille et se marier avec Tounsia Toudert, dite Djamila.

L’artisan de Bandung

Sur le plan politique, le MTLD est au bord de l’éclatement. Les autorités coloniales découvrent l’OS et arrêtent des centaines de militants à travers tout le territoire national. Ben Bella lui-même est arrêté à Alger en mai 1950. Dans ce contexte, après plusieurs mois de tergiversations, la direction du MTLD reprend contact avec Aït Ahmed. En octobre 1951, il est exfiltré d’Alger dans un bateau, en partance vers Marseille. Il monte à bord, vêtu en officier de la marine.

Mostefa Ben Boulaïd, ex-responsable de l’OS aux Aurès, fait établir à son ex-responsable hiérarchique une fausse carte d’identité. Hocine Aït Ahmed s’appelle temporairement Saïd Farhi, né au douar des Ouled Aouf (Batna). Après une escale en France et en Suisse, le faux Farhi rejoindra la délégation extérieure du MTLD au Caire, à partir du 1er mai 1952. Après le congrès de la discorde en 1953, Si El Hocine reste neutre dans la lutte fratricide entre Messalistes et Centralistes. Ensuite, il soutiendra le Comité révolutionnaire pour l’unité et l’action (CRUA), créé en mars 1954, une troisième voix qui prône le choix d’une révolution armée.

En attendant, le nouveau Cairote pose sa première pierre dans l’édifice d’une diplomatie algérienne. En janvier 1953, il prend part à la première conférence des partis socialistes asiatiques à Rangoon (Birmanie). Cette organisation marxiste a soutenu aussitôt le principe de décolonisation de l’Afrique du Nord. Il profite de ce voyage pour se rendre au Pakistan, en Inde et en Indonésie pour créer des comités de soutien à l’autodétermination du peuple algérien.

Le 1er Novembre 1954, Aït Ahmed, Khider et Ben Bella (il s’est évadé de la prison en 1952 et a fini par rejoindre la capitale égyptienne., ndlr) étaient au Caire pour rendre publique la proclamation du Front de libération nationale (FLN). En avril 1955, Hocine Aït Ahmed conduit une délégation algérienne à l’historique Conférence de Bandung.

D’après l’historien français Yves Courrière, c’est uniquement grâce à sa persévérance que la question algérienne sera inscrite à l’ordre du jour. Il est resté en Indonésie, plusieurs semaines avant ce rendez-vous, afin d’arracher l’accord du président Soekarno. Au début de l’année 1956, Aït Ahmed et son compagnon M’hammed Yazid réussiront Lire la suite

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